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en bio, les saveurs du monde
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Surprise !

Non mais je rêve ! En arrivant sur le parking ce matin, une odeur oubliée vient chatouiller mes narines… Incroyable, mes amis, ça sent, ça sent… Le cumin, si si, le cumin, nous broyons du cumin, et tout l’air est embaumé de ce parfum bienfaisant.

Recherches…

Une année, il nous aura fallu une année de recherches, d’envois d’échantillons, de prélèvements, et d’analyses, pour trouver enfin un lot de cumin parfaitement exempt de pesticides. Que d’attentes, d’espoirs déçus, de déceptions, à chaque résultat d’analyse décevant. Comment expliquer cette soudaine dégradation de la qualité du cumin ?

Hypothèses ?

Cette question nous a été posée cent fois, et nous avons hésité entre plusieurs hypothèses. Au final, nous pensons qu’il y a plusieurs causes simultanées, qui ont joué en parallèle, d’abord de façon quasi silencieuse, puis qui ont explosé au grand jour brutalement.

Tout d’abord il y a eu la croissance brutale de la demande, qui a une influence spécifique sur les achats de cumin puisque, en plus de la consommation de la graine ou de la poudre pure, cette plante entre dans la composition de nombreux mélanges, et en quantités importantes : curry, masalas etc. En 2008 et 2009, la croissance de la demande sur les produits bio a été très importante au niveau mondial et le cumin est une épice utilisée dans toutes les cultures, dans toutes les cuisines du monde ou presque, alors que ses exigences en matière de culture ne permettent pas d’en faire pousser partout, loin s’en faut. Les producteurs qui connaissent cette culture sont essentiellement en Turquie, en Inde, en Iran. Il est possible que certains d’entre eux n’aient pas pu résister à acheter des lots à des producteurs voisins si leur propre récolte ne suffisait pas pour une demande qui explosait.

Nous faisons des analyses sur nos produits depuis plusieurs années. Mais les techniques des laboratoires évoluent, s’améliorent, et permettent de détecter des quantités de plus en plus faibles de pesticides, proches parfois du seuil de détection possible. Seuls quelques laboratoires au monde sont capables de faire ces analyses et, au cours de nos recherches, nous avons vu de nombreux lots analysés sommairement (150 pesticides recherchés) certifiés bio et déclarés «sans résidus», ne pas résister à une analyse approfondie (recherche sur 500 pesticides, spécifiquement sur la gamme utilisée sur les plantes aromatiques et les épices). Il est enfin très difficile de déterminer si les traces de pesticides que l’on parvient à détecter de nos jours, ne sont pas des restes de traitements remontants à plusieurs années. Le cumin semble avoir la particularité de concentrer ces molécules, plus que les plantes qui sont proches sur le plan botanique (fenouil, anis...) sans doute parce qu’il a des exigences climatiques très particulières.

Enfin, une autre explication commence à faire son chemin ; commence, tant il est vrai qu’une telle loi du silence a régné pendant des décennies sur les pesticides et leurs effets, que nous sommes, en fait, ignorants dans ce domaine.?Une analyse effectuée sur du cumin cultivé sans pesticides par un laboratoire a révélé la présence d’un métabolite (= produit de dégradation d’une substance) du linuron (désherbant utilisé dans la culture en traditionnel du cumin, dont on a retrouvé des traces dans les échantillons certifiés bio que nous avons analysés, et refusés). Comment cela est-il possible ? Y a-t-il confusion à l’analyse entre une molécule naturelle et une molécule chimique ? L’ITAB (Institut technique de l’agriculture biologique) et le Synabio (syndicat national de l’agriculture biologique) vont mener un programme de recherche et de collecte de données dans ce domaine.

Espoir

Alors faut-il désespérer ? Faut-il perdre toute confiance dans la certification bio ? Tous les champs sont-ils définitivement pollués? Non, Dieu merci ! Il faut travailler !

Les analyses que nous continuons à effectuer nous montrent qu’il est possible de trouver des productions complètement indemnes, quelque soit le pays, dans le Massif central comme au Kérala, à Madagascar ou ailleurs, mais que le contrôle effectué, tant par Écocert que par nous même, ne saurait suffire. Qu’il nous faut apprendre à utiliser et à interpréter les analyses de façon plus fine. Qu’il est d’autant plus important de nouer des relations suivies avec les producteurs, dans le cadre de contrat «Bio équitables», comme Arcadie y travaille depuis plusieurs années déjà. Car c’est ce modèle de commerce qui est notre meilleure garantie, du fait qu’il permet à l’agriculteur de vivre sans avoir besoin de tricher pour nourrir sa famille.